Association culturelle de la réparation navale marseillaise

Le musée comprend toutes sortes de maquettes très instructives sur la constitution des bateaux, sur les opérations de rénovation (carénage, rivetage, soudure, jumboïsation....) On y voit des moteurs en état de fonctionnement, ainsi que des pièces qui illustrent les gestes essentiels des métiers de la réparation navale.

Lire le texte après les vidéos.

Nous avons visité le musée, guidés par le secrétaire de l’association : Michel Hirt. Il se trouve hébergé par le port autonome depuis 1981, dans un ancien réfectoire des dockers aménagé pour pouvoir installer le matériel. Pour y accéder en bout de la forme 7, on vient buter contre la porte 3A pour entrer dans les bassins du radoub où se font l’entretien et la réparation de bateaux.

- Redonner vie aux métiers de la réparation navale

Michel Hirt explique l’importance de la création du musée à la disparition des ateliers Terrin (entreprise qui incarnait un âge d’or de la réparation navale marseillaise). : « Le but est de rendre vivante la mémoire des métiers de la réparation navale et de toute la sous traitance. A l’époque, des licenciés de chez Terrin se sont dit :« C’est toute une histoire, toute une mémoire qui va disparaître. » L’exposition, ce sont des maquettes animées, des moteurs qui tournent parce qu’on veut que ce soit vivant. On laisse jamais les gens visiter tous seuls, ils sont toujours accompagnés parce qu’on parle avec notre coeur et avec nos tripes. » Les membres de l’association sont donc des témoins de temps révolus où le Port était en pleine activité. « Je suis un ancien mécanicien embarqué à la pêche. Tous les copains de l’équipe sont tous des anciens de la réparation navale. »

- La reproduction fidèle de la forme 7

(La forme est le lieu où entre le bateau pour être nettoyé ou réparé à sec)

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« Quand un bateau se présente : ici, le Tarpon, il entre dans la forme, et on va fermer avec des portes un peu spéciales qui ont des trous. On met la porte en place, l’eau de mer va rentrer dedans, elle va venir faire l’étanchéité du fond, puis comme la mer va s’appuyer, ça va faire l’étanchéité latérale. A ce moment là, on peut lancer les pompes, vider l’intérieur de la forme pour pouvoir travailler sur la coque du bateau. On va avoir besoin d’un tas d’outils, une grue marteau au bout de la forme 7 est protégée, elle est classée. On va descendre une ligne d’arbre, tous les travaux qu’il y a à faire, on va pouvoir les faire à l’intérieur de la forme.

- La jumboïsation

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La maquette du Cyrnos transformé est l’illustration d’une opération de jumboïsation, c’est à dire l’agrandissement de bateau. A l’origine, le bateau était le Cyrnos et après transformation, il devient l’Ile de beauté. Le bateau était mis en forme 10 (la plus grande d’Europe) avec le morceau qu’on voulait lui ajouter. Une partie à fond plat est stable, par contre, la partie qu’on écarte à l’avant, il a fallu la stabiliser pour pouvoir l’avancer et insérer le morceau à sa place.

Sur la maquette de l’Ile de beauté (qui navigue toujours), on voit comment on peut charger le bateau par l’arrière, comment on peut le charger par l’avant. On voit les pont garages, puis toute la partie habitations.

- Des pétroliers

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Une maquette d’un petit pétrolier faite dans les règles de l’art qui a participé à des tas de concours et a gagné des médailles. Elle permet de comprendre tout ce qui est nécessaire pour naviguer : les feux de route, le radar, une hélice. Je la mets en marche avant, en marche arrière, on a besoin d’un gouvernail...Tout l’intérieur du bateau est éclairé, on voit même la lampe de chevet dans la cabine du commandant. On va mouiller l’ancre...

Une autre maquette de pétrolier qui peut transporter 250 000 tonnes de brut. Un bateau qui fait 320m de long, en hauteur 22m dans l’eau (6 étages) et une dizaine de m au dessus. Ces pétroliers viennent mourir sur la rade de Fos et il faut des remorqueurs qui les font rentrer et qui vont les mettre à quai, les masses sont bien trop importantes pour qu’ils puissent manœuvrer tous seuls dans un port. Dedans, c’est pas creux, c’est plein de cloisons avec des formes différentes pour stabiliser le brut. On voit au fond toutes les résistances de pré-chauffage pour chauffer le brut, pour le liquéfier pour pouvoir le pomper et tout envoyer. On voit dedans un chemin de ronde, quand le bateau est dégazé, il faut aller contrôler. Des offices comme Veritas ou Rini en Italie font les contrôles et donnent les certificats de conformité.

- Des moteurs

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Une des pièces maitresses du musée « c’est un moteur construit en 1920 en Hollande qui équipait la Samson qui était le ponton grue à Marseille et qui a travaillé de 1923 à 1956. Il a été réformé, ensuite plus ou moins découpé et récupéré dans les carrières à l’Estaque. Il a demandé à toute l’équipe, trois années de travail pour être remis en état et pour pouvoir tourner. Ces moteurs comme tous les moteurs marins n’ont pas de boite à vitesse. La vitesse du bateau est donnée par le régime du moteur. Dès que le moteur tourne, la ligne d’arbre est entrainée donc on va jouer uniquement sur la vitesse du moteur. »

On peut voir un autre moteur en modèle réduit qui était fabriqué à Marseille où se trouve le marché aux puces, « avant y’avait Alsthom et avant y’avait Provence Doxford. C’est des moteurs qui étaient fabriqués sous licence anglaise, un type de moteur très particulier. C’est 2 pistons qui viennent à la rencontre l’un de l’autre et pas un piston qui vient buter contre une culasse comme dans les moteurs de maintenant... »

- Illustration de différentes réparations

Le rivetage

Les tôles étaient pré percées, on les mettait l’une en face de l’autre, les rivets étaient chauffés dans une petite forge, le chauffeur l’envoyait où il fallait par une gouliche. Les gars mettaient le rivet en place, le mataient à l’origine à la masse avec une contre masse, ensuite à l’air comprimé.

Les différentes soudures

Après on est passé à la soudure autogène puis après électrique, maintenant à la soudure sous gaz. En sachant qu’une tôle, il faut toujours la préparer, il faut biseauter les tôles et dans chacune, on fait les 3 passes de soudures. Quand tout est fini, c’est poncé pour éviter de freiner.

Le carénage et la prévention de l’électrolyse

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Le carénage du bateau qui constitue le nettoyage de la coque doit être fait régulièrement. Parce qu’un bateau même quand il navigue, y’a des petites algues qui viennent adhérer dessus et bon an, mal an ça va faire perdre 2 km au bateau parce que ces algues vont faire frein.

Un phénomène se produit sur tous les bateaux : on a à faire à une coque qui est en tôle qui est un métal pauvre, on a à faire à une ligne d’arbre qui est en acier spécial, un métal riche. On a à faire à un alliage pour l’hélice, en airain, qui est aussi un métal riche. Tout ça dans l’eau va faire un phénomène d’électrolyse. De l’électricité va se faire et va attaquer les métaux riches pour aller fixer sur les métaux pauvres. Pour éviter ce phénomène, on va faire une immense cage de Faraday. On va mettre des blocs de zinc électrolytiques et c’est ce zinc qui va être bouffé par l’électrolyse au lieu que ce soit la coque du bateau et les hélices. Il faut changer ces blocs régulièrement pour protéger le bateau. Si c’est pas fait régulièrement c’est la ligne d’arbre qui va souffrir et qui aura des problèmes.

On trouve l’exemple d’une hélice en fer qui a été rechargée en airain, donc on lui a donné tous les éléments pour se faire bouffer et on voit tous ces phénomènes de cavitation, c’est un phénomène d’électrolyse.

- Michel Hirt pour finir nous a montré un document précieux : « Les hélices du France ont été coulées ici à Septème et on a les plans » :

Pour lui la difficulté du métier semble en avoir fait l’attrait. « A bord d’un bateau, on est pas sur le plancher des vaches, y’a toujours un peu de roulis, ça va ça vient, on est pas dans un atelier, on a très très peu d’espace bien plat pour travailler. Il faut se mettre dans la tête que les pépins ça arrive toujours par mauvais temps, jamais par beau temps. Quand il faut intervenir sur des cas bien particuliers c’est toujours très stressant, très prenant. J’ai choisi ça, j’étais à l’aise là dedans. »

- Pas facile de dénicher ce musée qui mérite d’être mis en lumière au moment où le Port s’éloigne un peu plus de son passé industriel.

L’envie de conserver la mémoire de leurs métiers transparait dans le talent avec lequel les maquettistes, les membres de l’association ont récupéré et mis en valeur les symboles forts de la réparation navale.

Le musée est visité par des classes de 3ème technique : « En 2009, on en a reçu 30 ». Espérons que les images que nous avons récoltées vous donneront envie d’y aller et de vous laisser embarquer dans l’aventure des années fastes du Port.


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  • Association culturelle de la réparation navale marseillaise - 18 mars 2012

    - La grue "Ponton Samson" a eté ferraillé a l’Estaque Riaux vers 1994. Je nai pas eu le temps de prendre des photos (argentiques),
    - avez vous (par Email)des liens, des documents , des dates et photos pour ma culture personnelle.
    - j’ai arpenté de nombreuses années les collines de la Nerthe, mon lieu favori : de l’estaque, le Rove, Gignac à Carry....Merci

  • Association culturelle de la réparation navale marseillaise - 6 février 2011 , par castello patrick "Paco"

    Ayant récupéré sur DVD la jumboïsation du Cyrnos je vous confirme que , comme vous le spécifié dans vos commentaires c’est bien l’avant du navire qui bouge.Par ailleurs nous vendons ce DVD pour la somme de 12.00 €uros pour toute commande passé par mon adresse Mail castellopaco@hotmail.fr

    merci et bonne soirée.

  • Association culturelle de la réparation navale marseillaise - 19 février 2010 , par CASTELLO Patrick dit "PACO"

    La fare les Oliviers le 19/02/2010.

    Bonjour,

    Je suis CASTELLO patrick, actuel secrétaire général du Syndicat CGT de la réparation navale.

    tout d’abord je me permets d’intervenir car ayant à mon humble échelle participé à la création de ce musée avec Mr VIDAL notamment dans la récupération de moteurs ,pièces et outillages, je voudrais apporter deux rectifications, la première concerne le cyrnos qui n’est pas un navire grecque comme le dit la personne qui film et la deuxième remarque toujours concernant le cyrnos est que ce n’est pas l’avant du navire qui à bougé mais bien l’arrière ( sauf erreur de ma part) d’ailleurs je suis en train de mettre la vidéo ce ces travaux sur support CD dés que je pourrais révisionner le cd je confirmerais mes propos.

    bonne soirée et A+.



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