Da Zein

"Da zein est un mot emprunté à l’allemand qui veut dire « le sentiment d’être présent au monde ». A travers l’art des jardins, on peut apprendre à habiter ensemble la planète, le quartier, donc à différentes échelles et habiter la terre en poètes, habiter dans la convivialité avec les voisins."

Da Zein - 30.3 Mo

Dans une rue de la Cabucelle on découvre un lieu rescapé du temps et de la minéralité, un parcours de pots bleus placés sur les trottoirs accueillent des plantes. En s’aventurant plus loin, il y a même des bancs, des chaises... un appel à une pause dans le soleil matinal ou d’après midi. Est on encore à la Cabucelle ? Il existe même une coutume révolue qui consiste à dire « bonjour » à celui que l’on croise.

Raphaël Caillens, le fondateur de l’association Da Zein, avec Germinator, l’expert en graines, sont à l’origine de la transformation de ce coin qui résiste à l’envahisseur trop urbain. Ils ont réussi le pari de créer un univers privilégié, de semer des plantes et de la convivialité, de la vie dans une rue qui en manquait. Nous sommes allés rencontrer Raphaël dans son jardin extraordinaire, boulevard Honorine, un petit paradis insoupçonné et rafraichissant. Il nous a parlé de ses rêves, de l’association, de ses réalisations.

Installation dans le quartier

Quand on s’est installé dans cette maison et dans ce quartier de la Cabucelle en 99, ça fait 10 ans, on a commencé un jardin, là où il n’y avait qu’une cour un peu désolée et petit à petit en glanant des plantes à droite à gauche, en faisant de la récup d’objets, de pots, de matériel, d’outils, on a créé ce petit univers, un microcosme qui est un peu à l’image de notre paradis en fait, idéal. Je faisais mes études d’architecte paysagiste à l’école du paysage de Versailles et j’ai pu finir mon cursus ici, sur les 2 dernières années. Marseille c’était une opportunuité incroyable parce que j’ai grandi à l’ile de la Réunion, qui est en même temps un petit bout de France et un ailleurs. Je trouve qu’on retrouve ce type d’ambiance dans le quartier, ici, de la Cabucelle.

Le quartier, ça a été un hasard : une petite annonce correspondait à un habitat avec un petit bout d’extérieur pour pouvoir être aussi chez soi dehors et profiter du plein air. Et petit à petit, on a dépassé des tas d’a priori que nous communiquaient les gens sur les quartiers nords : « pourquoi vous êtes allés vous installer là, quelle idée ! C’est terrible, c’est dangereux, c’est sale. » Et en fait ce qu’on a découvert, c’est qu’au delà d’un certain nombre d’apparences y’a une véritable culture de convivialité entre les personnes, un vrai sens du partage et comme les gens ont pas des moyens énormes, l’entraide fait partie du quotidien.

Pas de grandes phrases

On va pas faire des grands discours sur « habiter ensemble, la convivialité, le respect de l’autre ; etc, nous on va juste prendre des grands bidons bleus en plastique qui servent à récupérer l’eau de pluie dans les jardins familiaux. Ils viennent de la rue de la méditerranée, ils sont bleus dans la masse et d’un beau bleu, c’est une couleur particulière très lumineuse. Du coup cette couleur, elle est porteuse de choses qui parlent aux gens sans qu’on ait rien à expliquer. Et c’est important que les choses accrochent l’oeil et on a pu à travers ces pots bleus marquer une identité visuelle très forte de notre projet. Le terme est simple : les pots bleus, tout le monde peut le retenir facilement et du coup les voisins se sont appropriés cette idée après qu’on en ait mis un devant chez nous pour tester et qu’on ait vu que contrairement à ce qu’on nous disait les plantes n’ont pas été vandalisées.

Des plantes qui arrivent « délicatement »

On a semé, on a pas mis comme ça des plantes belles et énormes dès le départ. Nos petites pousses, elles sont arrivées comme ça dans le paysage très délicatement, tout comme les pots bleus sont arrivés délicatement parce qu’ils sont visuellement très marquants, mais en fait pendant des années, on a fait un travail de, justement, nettoyer le petit bout de trottoir devant la maison, discuter avec les gens. En fait le pot bleu c’est comme une concrétisation, c’est l’aspect visible de l’iceberg en fait, c’est juste une manifestation très évidente de quelque chose qui est moins palpable quand on vient de l’extérieur mais que nous, on vit en tant que voisins au quotidien dans cette rue, à travers ce jardinage partagé.

Mais en fait avec les pots bleus et le jardinage, on s’est rendus compte qu’on pouvait assez facilement réactiver cette culture qui est latente. Il suffisait de recréer des liens qui avaient disparu en réapprenant à connaître les uns et les autres. On a juste mis des petites graines sur un terroir qui était propice à ce que cette convivialité se développe. »

Da zein a acquis une visibilité

L’association a gagné le prix « Marseille en fleurs » en 2006 et en 2009 dans la catégorie « fleurissement citoyen de l’espace public », et une émission a été enregistrée dans le cadre de « côté jardin » qui passe sur France 3. Le film qui montre comment est installé un nouveau pot bleu dans la rue a mis en lumière les activités de Da Zein que tout un chacun peut imiter.

« Ce qu’on fait avec l’association c’est l’expression d’une relation harmonieuse avec un biotope, un milieu qu’on construit parce qu’on est jardiniers mais aussi parce qu’on est des voisins qui incluons la relation à nos voisins comme élément fondamental de ce biotope et finalement on fait ce que les humains ont fait depuis la nuit des temps, faire en sorte que leur milieu soit vivable, habitable, donc, de l’orienter, le jardiner, le cultiver. »

Après cet entretien on se prend à rêver que le parcours des pots bleus se prolonge vers d’autres rues. Que cette rue qui fait faire un détour aux parents pour amener leurs enfants à la crêche donne l’envie à d’autres de créer des environnements où poussent des comportements bienveillants, ce qui existait dans l’ancienne Cabucelle.


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  • Da Zein - 21 juin 2011 , par Nicole Boguslawski

    Salut Raphael, wir sind auf la reunion und wir haben dich vermisst. ich konnte dich nicht erreichen !!!
    Melde dich doch mal

  • Da Zein - 7 juillet 2010 , par Bruno Techer (ile de la réunion) on était en seconde ensemble au lycée leconte de lisle)

    salut Raphael,
    très belle initiative, je suis tout à fait en phase avec ce que tu dis.Je trouve que l’on met beaucoup d’énergie et d’argent à faire pousser la ville et le béton alors que la majorité d’entre nous aspire à faire "pousser" la nature pour un meilleur bien-être.Sachant que la nature comme par miracle re-crée naturellement des liens entre les gens.
    Bref, je trouve cela super ! même si je réagit un peu tard (je viens de découvrir le site.
    bonne continuation



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